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22 mars 1946!
Nous étions une équipe de très jeunes qui, au lendemain de la guerre, éprouvions ce légitime désir d'évasion vers la nature. Celle-ci était à nos portes, merveilleuse campagne provençale immuable et cependant sans cesse renouvelée, offrant à des jambes solides et à des bourses modestes, tout l'éventail possible des activités de plein air: mer, neige, soleil, montagne en surface et en sous-sol.
Nous n'étions que huit, et je crois bien que la plupart d'entre nous n'avaient pas l'âge requis pour occuper un simple poste de conseiller dans un Comité directeur. Mais l'administration a parfois ses complaisances ! Les huit fondateurs qui me confièrent la charge de définir les lignes d'action de notre Association et de la diriger, que sont-ils devenus ?
La plupart d'entre eux sont restés à Aix ou dans la région provençale et s'ils n'ont pas tous poursuivi leur activité au sein de l'A.E.P., ils n'en conservent pas moins avec leur Association ou plusieurs de ses membres, des liens de sympathie et d'amitié.
Les débuts de notre groupement furent, on s'en doute, difficiles. 1946, c'était la période d'enthousiasme au lendemain de la libération du pays, mais aussi celle d'un rationnement dans tous les domaines dont on pensait qu'il ne finirait jamais. Qui d'entre vous, camarades des premiers jours, ne se souvient de ces camps de montagne où les menus étaient immuablement dominés par les lentilles que, généreusement un service de la Jeunesse et des Sports, au demeurant plein de bonne volonté, nous accordait par bons de 50 kilos... et cette descente des Gorges du Verdon avec changements multiples d'espadrilles aux semelles en fibres végétales! Lorsque les vacances scolaires le permettaient, les déplacements de l'A.E.P. s'effectuaient souvent à bicyclette camps mémorables aux Baux ou à la Fontaine de Vaucluse où l'équipement rudimentaire du moment et la... qualité des moyens de transport multipliaient les anecdotes comme à loisir.
Sur le plan de l'administration, les difficultés étaient autres : changements de siège nombreux jusqu'au jour où nous nous installions dans les locaux, vétustes mais peu onéreux du café Leydet où l'A.E.P. devait séjourner près de dix-sept années.
Notre Association grandissait maintenant à un rythme rapide et les années 1947-48 furent celles de la multiplication des adhérents par centaines. Le rythme d'accroissement rapide nous mettait dans l'obligation de modifier tout aussi rapidement les structures de notre Association et de prévoir, par sections, des activités nouvelles.
1948, c'est l'année de départ de nos grands circuits touristiques par autocars excursions en France, des Alpes au Pyrénées d'abord, puis à l'étranger Italie, Suisse, Autriche.
C'est aussi l'occasion de grands déplacements dominicaux. Qui ne se souvient de certaines sorties aux Saintes-Maries ou sur la côte varoise avec six cars et 250 participants!
Parallèlement nos autres sections s'organisent spéléologie, randonnées multiples et notamment collectives nombreuses dans les massifs des calanques sous l'impulsion dynamique de notre regrettée << Grand' Mère grimpante >> Camille BEAUCHAMP !
1949, l'A.E.P. débute dans le ski. Elle veut offrir aux jeunes aixois des sorties peu onéreuses, ouvrant dans notre région des perspectives nouvelles à ce qui se vulgarisera partout ensuite.
C'est le succès immédiat, et du début à la fin de la saison, les autocars, qui chaque semaine emportent nos skieurs, se remplissent le jour même de l'ouverture des inscriptions. Il faut se souvenir de ces départs matinaux (4 ou 5 heures) et de l'extraordinaire ambiance collective qui régnait au cours des voyages. On avance même la date des premières sorties, et si la neige n'est pas au rendez-vous dans la station, eh bien, on ira la chercher aussi haut que possible !
Quelques années après, ne verra-t-on pas nos amis Albert NÉGREL et Pierre ARGENCE << construire» un monte-pentes avec l'aide d'un vieux taxi marseillais digne d'une retraite bien méritée, et l'installer au Col d'Allos afin que nos skieurs puissent commencer leur station... en octobre !
Je pense à toutes les « grandes dates» de notre chère Association, aux peines subies, mais aussi aux immenses joies qu'elles nous ont apportées, et là, demeure me semble-t-il, la meilleure des récompenses que puisse recevoir ceux qui ont œuvré avec foi pour une œuvre commune.
1952, année de construction du Refuge Paul-Cézanne, dont Jean MAGNAN fut l'un des artisans. Petite construction, mais grandes difficultés, avec un entrepreneur peu consciencieux, qui nous mit dans l'obligation de faire procès. Ajournée quelque peu, l'inauguration eut lieu en 1953, en présence du Ministre de l'Intérieur et de nombreuses personnalités.
Cependant que nos travailleurs « du dimanche » consacrent leurs loisirs à la création et l'entretien de multiples tracés dans le massif de Sainte-Victoire, d'autres s'emploient à donner de nouvelles vies à cette A.E.P. qui devenait par son esprit et par son existence même, leur deuxième famille : écoles d'escalade, camps de haute-montagne, compétitions de ski, rallyes, secours en montagne, etc...
Les projets se multipliaient et se réalisaient. Ils devenaient nombreux et le rythme n'était pas toujours facile à suivre éditions, laboratoire-photo, sans oublier l'organisation d'une expédition au Groëland.
En 1956, nous décidons de construire l'actuel chalet du Sauze; projet immense dont nous avons pu suivre la réalisation pierre à pierre. Que l'on retienne bien ceci : premier coup de pioche le 13 septembre, ouverture officielle de cette maison pouvant accueillir 90 personnes, le 23 décembre ! Parler du chalet du Sauze, c'est vouloir n'omettre aucune collaboration. Je ne voudrais oublier personne, cela est difficile. Mais citer les noms de Georges ERMENEUX et d'Albert NEGREL, c'est rendre hommage à toute l'équipe qui avait bien voulu se grouper autour d'eux. L'inauguration eut lieu au printemps. L'œuvre quoiqu'achevée était à parfaire, mais financée grâce à de nombreux concours... qui ne vinrent pas toujours spontanément.
Mais nos skieurs pouvaient être désormais chez eux et pratiquer leur sport favori dans des conditions particulièrement intéressantes.
L'année suivante, nous obtenions la cession du Refuge Saint-Ser où nous apportions quelques indispensables améliorations.
Ainsi, peu à peu, conservant d'indispensables bases de solide administration, nécessaires à toute stabilité, notre Association devenait l'une des plus importantes de notre région.
Il serait long de dire tout ce qui fructifiait et de penser à ce qui, malheureusement, ne put être réalisé. Et puis, on oublie facilement les choses passées lorsque les regards se portent sur l'avenir. Et l'A.E.P. ne fut, ne sera jamais le groupement du passé, mais, et c'est cela sa vocation, a toujours conservé et conservera le regard de ses amis fixé vers l'horizon.
Il y a trois ans, des charges nouvelles me mettait dans l'obligation de quitter les fonctions que, durant dix-sept années, la confiance de nos amis excursionnistes avaient bien voulu me renouveler.
Il n'est certes pas simple de quitter une maison que l'on a créée et au cœur de laquelle on a laissé beaucoup de soi-même. Mais le capitaine, qui prenait la direction du navire, était un ami de toujours. C'est lui, Henri DONET, votre Président, que je désire remercier, au terme de ces lignes, et je pense le faire, en votre nom à tous. Je veux lui dire merci, non seulement pour avoir accepté une charge souvent lourde, mais pour avoir su donner, par une salutaire transfusion de sang neuf, de nouvelles orientations à notre chère Association.
Grâce à votre Président, dynamique et plein d'enthousiasme, grâce aussi à la ville d'Aix qui connaît sa compétence et son dévouement, vous avez, amis << Excurs », un beau local où les réunions sont de véritables foyers d'amis. Vous pouvez sous son impulsion et l'appui de ses collaborateurs, vivre des joies sans cesse renouvelées et des heures lumineuses.
Et vous aussi, amis qui êtes les simples « bénéficiaires » de tout ce qui a été fait pour vous, pensez que celui qui porte la responsabilité de vos loisirs a besoin de votre aide et de votre collaboration. Aidez votre Président à réaliser les projets établis en commun, c'est là le plus bel hommage que vous pouvez rendre aux multiples soucis qu'il porte pour vous tous.
Ce qui a pu être fait, ce qui est réalisé maintenant, vous le ferez ensemble pour que demain, vous-mêmes et ceux qui vous succèderont, puissent être les membres de cette Association des Excursionnistes Provençaux, qui, comme aujourd'hui conservera la jeunesse de ses vingt ans!
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